Reporters d’espoir : l’engagement en faveur d’un journalisme de solution

Les enquêtes se suivent et montrent la même chose : les citoyens entretiennent avec les grands médias un sentiment de défiance. Or la presse joue un rôle essentiel en démocratie. Une presse malade, c’est aussi une démocratie malade. Pour Christophe Agnus, président de l’association Reporters d’espoir, le journalisme de solution est un remède à cette crise profonde que traversent les grands médias. Interview.

Quelques mots pour vous présenter ?

Je suis Breton et j’ai longtemps été journaliste. J’ai débuté ma carrière au Télégramme de Brest, puis j’ai rejoint l’Express pendant 10 ans comme grand-reporter. J’ai évolué chez Vivendi et Mondadori. J’ai toujours été attiré non pas par la technologie en elle-même, mais par les changements induits par la technologie. J’ai créé le site et le magazine Transfert.net, en 1998, un des premiers magazines à la fois en ligne et en kiosque qui s’intéressait à l’impact des technologies sur notre société. J’ai co-créé le site de l’Express en 1995, au moment où la presse hésitait à rejoindre Internet. Aujourd’hui, j’écris des thrillers et je suis éditeur de livres sur la mer.

Comment expliquez-vous votre engagement au sein de l’association Reporters d’espoir ?

En tant que journaliste, j’étais déjà tourné vers les gens qui apportent des solutions aux problèmes actuels. J’ai par exemple été le premier en France, en 1996, à faire le portrait de Muhammad Yunus, le « banquier des pauvres » qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2006. Un jour, j’ai rencontré les fondateurs de Reporters d’espoir, des entrepreneurs. J’ai rejoint le conseil d’administration de l’association. Puis je suis devenu président, pendant trois ans. J’en suis désormais vice-président, et le conseil est essentiellement composé de gens de presse.

Quel est le credo de l’association ?

Nous pensons que l’information joue un rôle décisif dans la manière de faire société. Outre l’effet délétère des fake news, les médias sont délaissés. Ils ont perdu la confiance des citoyens. Pour gagner des lecteurs, beaucoup de médias se sont lancés dans la course au spectaculaire. Ils veulent faire du clic. Cette attitude est, à bien des égards, complètement suicidaire. Et puis aujourd’hui, tout le monde peut se revendiquer journaliste, contre toute déontologie. Or la presse a un rôle démocratique fondamental : informer, bien sûr, mais aussi créer du lien, de la confiance, des espaces de dialogue entre les composantes de la société. Cela passe, selon nous, par le journalisme de solution.

Le travail du journaliste consiste évidemment à décrire les événements, mais il doit insister également sur le fait que l’on cherche des solutions. Il ne se résume pas à simplement montrer les problèmes. En abordant les solutions, nous transformons le désespoir en espoir, et l’impuissance en envie d’agir. Le lecteur ne subit pas l’information. Le journalisme de solution n’est pas un journalisme de bonne nouvelle, mais un journalisme constructif. Il cherche les solutions aux problèmes qu’il décrit. Il n’y a pas de problème sans solution, sinon ce serait juste un fait, et nous ne devrions pas parler de problème sans aborder les solutions possibles. Aborder les solutions, c’est aller au bout de la démocratie. Malheureusement, les journalistes actuellement le font insuffisamment. Nous sommes convaincus que le journalisme de solution permet aux médias de retrouver la confiance des citoyens.

Quelles sont les actions de reporters d’espoir ?

Reporters d’espoir organisait chaque année un grand évènement, La France des solutions, où 70 médias s’engageaient à produire des pages de journalisme de solution. Malheureusement, tout cela a été suspendu avec le COVID, mais nous retravaillons actuellement à une nouvelle édition. Nous mettons aussi les médias et les journalistes en valeur grâce à 7 prix primant le journalisme de solution dans les différents types de diffusion (TV, presse écrite, radio…) Nous éditons également un magazine semestriel, Reporters d’espoir, disponible en librairie qui reprend les meilleurs articles du journalisme de solution, selon une thématique différente à chaque numéro. Nous organisons également des conférences dans les rédactions et les écoles de journalisme. Il est important de répéter que chaque problème a des solutions. Reporters d’espoir, c’est également des études sur la manière dont les médias traitent de la question du climat ou de l’économie sociale et solidaire. Enfin, nous développons une base de données composée de fiches destinées aux journalistes. Ces 6 500 fiches recensent les pistes de solution à de nombreux problèmes.

L’avenir… Comment voyez-vous l’association dans 10 ans ?

Christophe Agnus 1
Christophe Agnus

Dans 10 ans, j’espère qu’on aura réussi à convaincre tout le monde et que les grands médias auront réussi à récupérer un peu de confiance chez leur lectorat. Ce qui est important pour nous en tant qu’association, c’est de développer l’impact de ce type de journalisme. Nous souhaitons créer un vrai réseau européen de journalistes engagés dans cette démarche. Notre rôle est à la citoyenneté, ce que la recherche fondamentale est à la recherche appliquée. Plus les gens piquent nos idées, mieux c’est. Notre mission est importante pour la vie de tous en société, pour aspirer à une société apaisée. Tous les gens intéressés par la pacification ont intérêt à notre action. Nous travaillons à une société où les gens se parlent au lieu de s’affronter.

En 19 ans de travail, nous voyons les résultats. Des médias comme Ouest-France, France Télévision, Nice Matin ou Radio France mettent le journalisme de solution au cœur de leur projet. Mais il reste encore du travail.

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