Hôtel Almanarre : « L’écoresponsabilité dans l’hôtellerie, cela ne se réduit pas à dormir dans des yourtes »

A quoi ressemble vraiment l’écoresponsabilité dans le secteur de l’hôtellerie ? Le cas de l’hôtel Almanarre à Hyères, un charmant petit hôtel de 15 chambres face à la mer, démontre comment un travail de fond pour minimiser son impact sur la planète débouche sur de belles surprises, notamment économiques.

Comment imaginer aujourd’hui développer une activité hotellière dans le Sud de la France, au bord de la plage, sans délibérément solliciter la clientèle internationale ? Pourquoi faire l’impasse volontairement sur 50% de la clientèle touristique ?

Démarche systémique

La réponse, peu la trouverait spontanément, sauf à bien connaitre Nathalie Artayet et son mari Pierre-Gilles, qui dirigent l’hôtel Almanarre à Hyères. Nos hôteliers varois ont fait le choix de renoncer à la clientèle internationale pour privilégier celle de proximité afin ne pas faire exploser leur empreinte carbone, qu’ils calculent tous les mois afin d’en maîtriser l’évolution. « 80 % de notre impact carbone provient du transport de nos clients. C’est la raison pour laquelle notre projet implique la recherche de clients locaux. Nous avons par exemple un partenariat avec la SNCF et offrons la location de vélos à nos clients venant en train. Notre cheval de bataille aujourd’hui, c’est la mobilité », précise Nathalie.

Le couple a repris l’hôtel il y a quatre ans, hôtel qu’il a complètement rénové pour le mettre en adéquation avec une volonté constante de réduire leur impact environnemental. « L’écoresponsabilité dans l’hôtellerie, cela ne se réduit pas à dormir dans des yourtes ». Pas de plastique à usage unique, des achats en vrac, des économiseurs d’eau, de l’éclairage solaire, des petits-déjeuners dont les produits bio proviennent de partenaires locaux, une décoration brute qui joue avec le détournement d’objet, une banque d’accueil confectionnée en livres… l’objectif est ici de concilier fond et forme. Et de s’attaquer prioritairement aux gros impacts en matière d’émission carbone. « Nous nous inscrivons dans une démarche systémique, où nous traitons de front des actions de fond liées à l’énergie, aux déchets, à l’eau. Cela suppose de bien comprendre la réalité des impacts, de se former sérieusement pour dialoguer au plus juste avec nos clients et ne pas leur raconter de bêtises. »

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Le CJD et la démarche Performance Globale ont aidé Nathalie et Pierre-Gilles à formaliser leur projet, qui vient s’inscrire dans une histoire déjà ancienne marquée par l’écoresponsabilité. Pendant 10 ans, elle a dirigé un camping où ce souci avait déjà une place centrale. « Faire de la performance globale, ce n’est pas simplement installer un composteur dans un camping et s’en contenter. C’est aussi le faire réaliser par un chantier d’insertion, convaincre d’autres campings à faire de même, mettre en place un contrat d’entretien, proposer des ateliers d’animation, etc. Un projet en performance globale, c’est faire du lien entre les actions, et cela ne se fait pas tout seul. Il faut impliquer largement pour que cela rapporte au territoire et aux autres ».

Hotel Almanarre YH 0720

Cerise sur le gâteau

Le projet de transformation de l’hôtel Almanarre a généré de nombreuses bonnes surprises. « Avec la Covid et les restrictions, notre hôtel a mieux marché que les autres avec sa clientèle locale. Aujourd’hui, le sud vit une période de désaffection avec une baisse du tourisme de l’ordre de 15 à 20 %. Nous ne subissons pas cette volatilité. Avec nos panneaux solaires, l’électricité ne représente que 1 % de nos charges, contre 3 à 4 % chez nos confrères. Et puis avec nos petits-déjeuners locaux et bio, nous souffrons moins de l’inflation que si nous avions recours à des produits industriels. Bref, nous sommes plutôt bien au niveau de la rentabilité. Nous n’avons pas fait tout cela dans cet objectif, mais les conséquences économiques de nos actions constituent une bonne surprise. »

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